Bonne année 2016 à la femme algérienne même si on y croit pas vraiment ...


Bonne année 2016 à la femme algérienne même si on y croit pas vraiment ...© BylkaConcept

A l’occasion de la nouvelle année calendaire, moi Abderrahmane Zakad, je ne dis pas bonne année.

Je dis bonne année aux fellahs pour le cycle des saisons qui règle leur vie et leur travail.
Je ne dis pas bonne année au calendrier administratif. Du papier.
Chaque jour qui passe est bon ou mauvais quelque soit le mouvement des planètes, le cycle des saisons, et les phases lunaires pour mesurer le temps.
Je dis bonne année à Tycho Brahé, à Newton et Copernic.
Je ne dis pas bonne année parce que cela fait 50 ans que j’attends que l’année soit bonne.
Je ne dis même pas bonne année aux femmes ci-dessous que je décris parce que je sais qu’elles vont continuer à souffrir.
La photo devrait nous alerter.
C'était hier, mais cela avait été.
Réflexion : Ce n’est pas parce que qu’on a mis des femmes derrière les guichets des PTT que la femme est libérée.
Je reviens des montagnes de Kabylie.
J'ai vécu le siècle d'Alexandre et celui de Périclès. La misère.*
Et l'hiver approche.
Dans les contrées perdues, ou même le colonialisme n'a jamais mis les pieds.
Du côté des Ait Smaïl, Sémaoun, dans l'Akfadou et ailleurs.
Là ou les opérations Jumelles et Emeraudes ont tout décimé.
Où les femmes portent encore les paraphes des bombes et des incendies.
Nous devrions y jeter un regard. Pour voir et comprendre.
La colonisation nous a laissé en héritages des veuves et des femmes isolées.
Sans hommes.
La famille élargie s’est effritées, la touisa est un vieux souvenir.
Thadjemaât et Vava Inouva sont installée en bord de Seine.
Comprendra qui voudra, certain auront compris.

Ces femmes kabyles ou chaouies ne demandent pas de l’aide.
Elles espèrent seulement qu’on les regarde.
Car les regarder c’est découvrir sa mère ou sa grand-mère.
Les regarder c’est comprendre qu’elles n’ont pas leur droit.
J'ai rencontré de vielles femmes qui vont toujours chercher du bois.
J'en ai vu d’autres, une bouteille de gaz sur le dos.
J'ai vu des hommes qui traînent encore derrière eux la femme.
J'ai vu des femmes alignées devant des unités de soins, grelottant.
Qui ne soupçonnent même pas de quoi elles sont malades.
J'ai vu des femmes en grappes, par bouquets, les hommes éparpillés.
J'ai vu les mules et les boeufs, propres, sabots curés. Les femmes pieds nus.
J'ai vu une femme portant des louis d'or au cou, un autre louis en fibule, un vieil homme la traînant comme une banque.
J’ai vu des campagnes d’aide aux pauvres organisées par des associations médicales pour soigner les malades. J’y été avec les médecin de Béjaia à Ait Smail.
J’ai vu un écrivain, fellah, puisatier, maçon, diplômé des universités parisiennes, qui sillonne la Kabylie pour aider, pour recueillir les dernières bribes de souvenirs et pour vivre comme vivent les gens de Kabylie. Cet écrivain, anonyme, c’est Rachid Oulebsir qui a écrit plusieurs livres sur la Kabylie. Dont on ne parle pas. Les médias sont faits pour parler des filous et des copains. Son dernier livre « Le Rêve des Momies ». Un maître livre ethnographique.*

Ce que je n'ai pas vu :
Les hommes prendre la charge des femmes qui ont trop donné.
Mais les hommes sont fatigués.
Les jeunes, aujourd'hui instruits, donner l'éveil à leur mère et grand-mère.
Mais les jeunes sont pris par Facebook et les tablettes. Ils grattent en marchant la tête dans leur tablette ou leur Ipad. L’Algérie va devenir un Ipadistan futur pays conseillé par Facebook (***)
Je n’ai pas vu, les arrivistes parfumés, le ventre bedonnant, s’occuper de ces femmes, isolées, qui les ont enfantés.
Les arrivistes s’occupent des affaires et des relations.
Je n’ai pas vu ni l’Etat ni les responsables ni les hommes se donner pour faire apprendre aux filles - future mères- ce qu’est la conscience citoyenne.
Leur apprendre à se rebeller afin d’être reliée à la société.
Leur apprendre pour agir afin de se défaire des contraintes, se soustraire aux hommes
Faire entendre leur cri pour une élection locale ou une députation rurale, comme au temps de Mao et de Ché Guévara.
Non on leur apprend à être esclave en leur donnant des portables, du Facebook , des pizzas et des cafés jetables.
Tout cela devrait être expliqué aux hommes du Pouvoir et à tous les hommes
Parce que: "L'Algérie, c'est la femme". (Pierre Bourdieu-Sociologue)

C’est pour cela que je ne dis pas bonne année. Parce que dans 48 heures on aura oublié tout ce que je viens d’écrire ci-dessus.



*Voir à ce propos le livre du Professeur François Charvériat qui a fait avec sa femme un voyage en Kabylie en 1889. Livre « A travers la Kabylie et les questions kabyle ». Livre disponible sur le Net en pdf.

* Rachid Oulebsir , diplômé des universités Paris Nord et Paris Panthon I, Panthéon Sorbonne (1978) Sorbonne (Paris), qui a écrit : L’olivier en Kabylie entre mythe et réalité. (2008) / Les derniers Kabyles (2009)/ Le rêve des Momies (2014)



Abderrahmane Zakad - Ingénieur/Urbaniste et Agitateur Culturel – Béjaia 30.12.2015

LES PLUS POPULAIRES DANS LA MÊME RUBRIQUE

Noeud d'amour Algérien, ça m'intrigue ...
Je sais qui a tué Lady Diana ...
Chafia Boudraa à Cannes, on en parle enfin ?